Insolites
Date: 09/02/2013
LA JOUEUSE ET LE JOCKEY

Tranquillement assise devant son téléviseur 3D, qui diffuse en permanence les courses sur Equidia, Madame G. joue 6900 € ( ah oui, quand même ! ), sur une course qui se déroule à Cagnes sur Mer.
Attentive comme un commissaire de courses, elle voit bien que le n° 8 << cesse volontairement de solliciter son cheval aux abords du poteau d'arrivée et perd donc la 3 ème place >>, à une longueur de nez.
Le méchant, dont nous tairons le nom, est mis à pied huit jours, par les commissaires vigilants ( pléonasme ).
Madame G. décide de le punir, en l'assignant en dommages et intérêts. Il rameute son syndicat professionnel qui conclut à l'irrecevabilité de l'action du parieur aigri.
Le tribunal alloue 8.500 € de dommages et intérêts à la joueuse et dans un ensemble parfait, jockey et syndicat relèvent appel.
La Cour va remettre de l'ordre  ( dans le dossier , mais pas à l’arrivée ) et rappeler que l'engagement du parieur implique son adhésion sans limites ni réserves à tous les articles du P.M.U., donc que la violation d'une règle de course par un jockey fait partie des risques inévitables que le parieur doit assumer, en validant son pari sur place ou sur internet.
Puis, les magistrats ajoutent un petit couplet, type "S.P.A." :
<< le comportement d'un jockey, même volontaire, consistant à ne pas solliciter sa monture dans la longueur précédant l'arrivée, ne saurait constituer une faute au sens des dispositions des Articles 1382 et 1383 du Code Civil, dans la mesure où on doit reconnaître au conducteur du cheval, seul responsable de sa bonne santé en course, et donc de ses performances, la possibilité de réduire l'allure de l'animal, sauf à considérer qu'un jockey se trouverait dans l'obligation permanente de pousser à fond son cheval, allant sinon jusqu'à la mort du moins jusqu'à l'épuisement total de l'animal, qu'en outre, on doit également admettre qu'un jockey puisse préserver sa monture dans une course particulière, pour mieux réussir dans une autre course, voire dans une course mieux dotée, ce qui fait partie des aléas que tout parieur doit assumer >>.
Dégoutée à tout jamais des courses par ce raisonnement, Madame G. voit ses gains s'envoler et devra, en outre, verser 2000 € de frais de procédure au jockey hilare.
A ce jour, Madame G. n'a toujours pas gagné à l'euromillion......

( Cour d'Appel de Pau - 1 ère Chambre - 18 janvier 2013 )

Patrick de Chessé, Claudine Eutedjian, Nathalie Moulinas

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